L’attention fragmentée : charge cognitive et pression
Le multitâche, un mythe coûteux
“Travailler au laboratoire, c’est jongler en permanence” – cette phrase entendue sur le terrain résume bien la complexité cognitive des manipulations scientifiques. Un technicien doit souvent :
- Surveiller le déroulement de plusieurs expériences simultanées
- Noter des résultats intermédiaires
- Réagir rapidement à des alarmes ou à des imprévus
- Appliquer des protocoles stricts tout en gérant des sollicitations externes
La notion de charge mentale est ici centrale. L’American Psychological Association (APA, 2016) a largement documenté l’illusion d’efficacité liée au multitâche : “Basculer entre les tâches accroît le temps total de traitement de 40 % en moyenne, et multiplie le risque d’erreur.” En laboratoire, cette fragmentation cognitive peut vite devenir critique – une manipulation ratée, un dosage oublié, et c’est souvent l’intégralité du protocole qui bascule.
À cela s’ajoute la pression temporelle : la recherche scientifique vit avec ses impératifs de rendement, de performance, de validation de résultats. Ces facteurs objectifs viennent s’ajouter aux sollicitations attentionnelles créées par l’environnement (bruits, alertes, interruptions), comme l’a souligné l’équipe d’Yves Clot dans “Le travail à l’épreuve de l’ergonomie” (PUF, 2016).
Veille sensorielle : les pièges de l’environnement
La perception fine est requise en permanence : observer un vortex, détecter un changement de couleur à l’œil nu, vérifier la finesse d’un dépôt sous loupe binoculaire… Ces tâches exigent une hyper-vigilance sensorielle qui, additionnée à la charge cognitive, accroît la fatigue.
- Bruits de ventilation, de hottes, alarmes diverses
- Lumières artificielles de forte intensité, tubes LED inadaptés
- Températures variables selon les zones et équipements
La littérature scientifique (M. Hägg, Applied Ergonomics, 2014) montre un effet cumulatif de ces facteurs sur la fatigue cognitive. Certaines études évoquent même un “épuisement attentionnel” en fin de journée pour les personnels travaillant exclusivement en ambiance de laboratoire, corrélé à un risque accru d’erreur humaine (D. S. Lee et al., Ergonomics, 2017).