L’enfant, l’objet et l’environnement : un trio à réconcilier
Motricité, âge et variabilité
Aucun enfant de 3 ans n’a la même aisance qu’un autre enfant de 3 ans : développement, force, coordination, attention, tout varie. Les classes d’âge fixées par la norme sont utiles, mais ne sauraient suffire. Par exemple, la force de préhension (capacité à saisir et manipuler un objet) varie de 30 % entre enfants de 4 ans du même âge (source : British Medical Journal). Un levier à enclencher, pensé pour un adulte ou un adolescent, peut devenir un obstacle insurmontable – ou un piège frustrant – pour un jeune enfant.
L’ergonome s’interroge : où sont les paliers, les points de friction ? Le dispositif prévoit-il une « marche d’escalier » avec plusieurs niveaux de difficulté (adaptativité), ou bien impose-t-il une logique monocorde ? Le jeu suit-il l’évolution motrice de l’enfant, ou lui ferme-t-il l’accès trop vite ? Parfois, quelques millimètres d’écart dans la taille d’une poignée changent tout.
Sensorialité et interaction
Un jouet s’adresse à tous les sens : toucher, vue, audition, parfois odorat ou goût (pour les premiers âges). Or chaque sensibilité, chaque trouble perceptif (daltonisme, hypoacousie, troubles moteurs légers…) peut changer radicalement l’expérience. Ici, l’ergonomie invite à penser l’accessibilité – moins comme une contrainte que comme une richesse.
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Contraste visuel : un jouet dont le code couleur ne distingue pas les zones manipulables aggrave le risque d’erreur. L’inclusion de témoins visuels clairs réduit les maladresses de 27 % chez les tout-petits (Revue Ergonomics, 2016).
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Texture et retour tactile : la diversité de matières aide à comprendre comment se saisir ou éviter (grips antidérapants, surfaces douces, reliefs distinctifs).
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Signal sonore : doit être pensé pour informer, non pour surprendre ou effrayer.
Environnement d’usage : la variable oubliée
Un jouet « sûr » posé sur un tapis moelleux ne l’est pas forcément sur du carrelage mouillé, ou dans une chambre sombre. L’éclairage, le bruit ambiant, la présence (ou l’absence) d’adultes, la fatigue de l’enfant… sont autant de facteurs « externes » mais déterminants. Les enquêtes de l’EHLASS (European Home and Leisure Accident Surveillance System) recensent une survenance de risque multipliée par 2,5 lors d’un changement d’environnement d’utilisation non anticipé par le fabricant (ex : un jouet de plage utilisé dans la baignoire).