Entre esthétique et usage : la discrète révolution des robinets
Ce n’est sans doute pas l’objet qui attire l’œil dans une salle de bain ou une cuisine. Pourtant, le robinet – et son cousin plus jeune, le mitigeur – tient entre nos mains toute la question de l’interface entre l’humain et l’eau. Sous la brillance chromée et les lignes tendues du design contemporain, se jouent des scènes discrètes : la main tremblante d’un enfant qui n’atteint pas la poignée, les hésitations d’une personne âgée devant un levier trop ferme, le tâtonnement d’un visiteur devant un modèle tactile aux commandes invisibles.
À l'heure où le design flatte l’œil, la question centrale demeure : pour qui ces objets sont-ils pensés ? L'ergonomie, ici, ne relève pas seulement d'une "confortabilité" abstraite : il s'agit, concrètement, de la possibilité ou non, pour chacun, d'accéder à l'eau sans effort, malaise, ni exclusion.
Observer un utilisateur en situation réelle, c’est déjà commencer à comprendre ce que les chiffres ne disent pas. Et les robinets – aussi ordinaires soient-ils – sont un terrain exemplaire de ce décalage, parfois abyssal, entre l’idée d’un objet et sa prise en main véritable.