Ethique de la conception : penser l’humain AVANT la technologie
Le défi n’est pas technique : il est d’abord éthique, culturel, presque poétique. Concevoir pour l’humain, ce n’est pas un supplément d’âme, c’est une condition sine qua non de sécurité. La tentation de l’assistance intégrale masque mal la réalité des usages : chacun façonne son propre équilibre entre délégation et contrôle, entre confiance et défiance, entre machine et ressenti.
L’avenir des véhicules n’est pas à la surenchère d’alertes, mais à l’écoute précise des rythmes humains, des échappées de l’attention, des embûches du quotidien — intersection masquée, fatigue insidieuse, dialogue intérieur du conducteur qui anticipe, s’interroge, réarme sa vigilance. Des ergonomes anglais suggèrent même des interfaces adaptatives, capables de moduler la densité informationnelle en fonction des signes de surcharge perçue (fréquence de clignement d’yeux, micro-pauses, etc.), position prospective mais déjà testée en simulateur (Gkikas et al., Expert Systems with Applications, 2021).
Entre la main sur le volant, l’œil au loin et l’oreille attentive, il existe tout un monde d’interfaces à façonner, à la croisée de la science et du sensible. Loin d’une informatique “invisible”, il s’agit de rendre visible ce qui, dans l’esprit du conducteur, pèse, fatigue ou rassure, et de ramener la technologie à sa juste place : celle d’un allié discret, jamais intrusif, dessiné à hauteur d’humain.