Quand la lame raconte l’humain : enjeux d’un objet du quotidien
Dans une cuisine, la main cherche sa place, épouse un manche, mesure la résistance d’une carotte, évalue le rebond d’un filet de poisson. Le couteau, prolongement de l’intention, parle autant du geste que de l’outil. Depuis que nous coupons, tranchons, éminçons, la performance de l’objet – sa capacité à répondre à l’exigence du cuisinier, amateur comme professionnel – s’est construite en parallèle des blessures, erreurs, fausses manœuvres. Un paradoxe : pour être efficace, un couteau devrait être affûté, agile, précis ; pour être sûr, il devrait résister aux maladresses, offrir une marge d’erreur… et pourtant, la sécurité n’est jamais acquise par simple précaution.
Observer un cuisinier, c’est voir combien la dextérité, la posture, la coordination œil-main se jouent dans une alchimie de confiance – et d’attention. Derrière cette routine parfois innocente, les chiffres rappellent la réalité : en France, près de 120 000 accidents domestiques annuels impliquent des couteaux (source : INVS, 2019), dont une large part en cuisine. En restauration collective, on estime qu’un accident du travail sur six dans la préparation alimentaire a pour cause un outil tranchant (Assurance Maladie - Risques professionnels, 2021).
Comment penser cette cohabitation entre la nécessaire performance et l’indispensable sécurité ? Et comment l’ergonomie, en lien avec la science des matériaux, le design, et la compréhension du geste humain, peut-elle guider les choix de conception, d’achat ou d’usage ?