Cas concret : revisiter le module de prescription aux urgences
À l’hôpital X (nom modifié), le module de prescription informatique imposait aux infirmiers six étapes séquentielles pour valider un médicament administré, entre menus déroulants, codages manuels, et allers-retours entre différentes fenêtres. Lors d’une observation de terrain menée sur une semaine, cinq sources de surcharge cognitive ont été identifiées :
- Multiplicité des codes à mémoriser pour chaque molécule.
- Recherche complexe par menus arborescents non adaptés à l’urgence.
- Absence de priorisation des prescriptions urgentes (indistinction visuelle entre “statim” et planifiés).
- Retours d’erreur trop techniques (“Erreur 104 : null pointer exception” !) sans lien avec le processus de soin.
- Obligation de saisir de nouveau des identifiants pour chaque validation, même dans la même session.
Après refonte, sur la base d’ateliers participatifs avec les soignants :
- L’auto-complétion et la suggestion directe ont réduit la durée médiane de saisie d’une prescription de 40 %.
- Une visualisation en couleurs des prescriptions urgentes a diminué le nombre de retards selon audit qualité interne.
- Les retours d’erreur sont désormais liés au contexte (“champ manquant : dosage”), générant une satisfaction nettement accrue (voir : Khajouei, Appl Clin Inform 2014).
Du point de vue de la charge cognitive, infirmiers et cadres infirmiers évoquent “un soulagement immédiat”, “une attention plus grande aux patients”, “moins de stress de l’erreur”. Rien n’est plus parlant que ce témoignage : “Le logiciel est redevenu un outil, pas une épreuve”. Entre le geste et la machine, il y a un monde à réconcilier – un monde d’inattention parfois létale, de tensions qui se déposent, ou au contraire de vigilance retrouvée.